CONTEXTXXI Nº 2
mars
1996

Lexique de la ville

(fragments)

Antrpophage

ou racines anthropophagiques de l’architecture

C’est un lieu commun d’avancer que ce qui différencie l’homme de l’animal est l’invention du feu et ce qui l’a immédiatement suivie, à savoir les jeux anthropophagiques. Notre ancêtre suçait la moelle des héros tombés au combat, excellents chasseurs ou adversaires émérites. Ambitieux, il voulait d’ emblée abolir la frontière entre la vie et la mort. A cette fin, il créait des situations dramatiques fort singulières, au centre desquelles il se plaçait. L’archéologie nous offre une foule d’exemples qu’elle nous explique longuement. Si, disons, notre cher aïeul, au cours de ses jeux philosophiques, décapitait un cadavre, il remplaçait la tête qu’il avait coupée par un oeuf d’autruche, redonnant ainsi à l’homme sa forme et la parfaisant même. Il va de soi qu’il convient de considérer notre glorieux ancêtre, en cet instant touchant, davantage comme un comédien-sculpteur que comme un comédien-batisseur. Mais nous n’attendrons pas longtemps avant de pouvoir lui octroyer ce titre. Non seulement ce constructeur s’incline pathétiquement devant les têtes de ses victimes, non seulement il les peint en rouge (couleur favorite de toute scénographie), non seulement il les place sous son foyer, non seulement il les enterre près du feu, mais encore il les dispose dans les différentes pièces de sa caverne, allez savoir dans quel but et en raison de quelles motivations, dans un ordre connu de lui seul mais indubitable ... Plus tard, quand lui prend l’envie de jouer les comédiens-constructeurs, il s’amuse, tel un enfant, avec de petits cailloux, qu’il aligne soigneusement autour des dépouilles de ses victimes, avec des coquillages, des paillettes, des osselets, qu’il empile de façon à former des figures géométriques dont il semble déjà deviner l’existence, établissant vraisemblablement même entre eux des rapports de nombre très simples. Puis il entreprend d’élaborer autour de ces têtes et crânes qu’il affectionne tant des formes plus complexes, les ornant de couronnes de cornes, leur fabriquant des auréoles au moyen de galets disposés en cercle, allant jusqu’à transporter, aligner, disposer des pierres de dimensions beaucoup plus importantes. Selon toutes les définitions possibles et imaginables, il s’agit déjà là, sous un aspect embryonnaire, d’authentiques formes architectoniques, même si elles ne sont que suggérées par un dessin et loin d’atteindre leur plénitude corporelle ... Il existe aussi des animaux qui s’entredévorent, me direz-vous. Notre ancêtre ne faisait que se conduire … leur instar, mais il le faisait avec dignité, religiosité, de façon solennelle, cherchant toujours à obtenir un résultat technique d’ordre supérieur, y réussissant. La meilleure preuve en est qu’il ne lui aura fallu que vingt mille ans pour acquérir le savoir-faire d’un Borromini, d’un Guarino Guarini ou d’un Antonio Gaudi.

Architecte

chez les Grecs anciens, il est toujours le maître d’oeuvre des illusions

Chez les Grecs anciens, le mot architekton désignait de la même façon celui qui construisait dans la pierre et celui qui travaillait le bois, si bien que l’on accordait ce titre sans distinction à ceux qui bâtissaient non seulement des ponts, des fortifications, des viaducs, mais encore des navires. Athènes cependant, l’architecte exerçait, outre ces fonctions déjà très vastes, celle d’organisateur des illusions, c’est à dire de régisseur de théâtre, responsable de tout ce qui se fait ou d‚fait au cours d’une représentation. A ce titre, il avait donc des obligations et des droits. Si les Grecs anciens ont jugé bon de recourir à ce terme déjà si riche de significations pour désigner un savoir-faire dans lequel ils excellaient, domaine dans lequel ils réalisèrent tant de chefs-d’oeuvre, nous ne devrions pas avoir le droit aujourd’hui de le réduire à sa forme la plus simple ni d’oublier ce qu’il nous offre de virtualités, que ce soit pour la construction des maisons, des villes ou des illusions — illusions dans les villes, illusions autour des villes, illusions sur les villes.

Barque

la ville barque divine

La ville au Moyen Age était une sorte d’Arche de No‚ dans laquelle les citadins voguaient d’une rive à l’autre tout au long de leur vie. Comme tout navire, la ville moyenâgeuse est introvertie, car soucieuse de la charge qu’elle a d’elle-même et de sa précieuse cargaison humaine. Dans l’entrelacement des mots que 1’on utilise pour d‚signer l’essence occulte de la cité, dans la manière dont ceux-ci l’expliquent, il existe u n mécanisme semblable à celui des métamorphoses : un terme que l’on murmure dans un demi-sommeil, avant de s’endormir, peut se transformer en la riche imagerie du rêve. Donc, si I’on conçoit la ville comme Une « barque divine », elle doit le démontrer, fût-ce jusqu’à un certain degré, de façon imagée, fournir la clé de son essence. Je crois que c’est la raison pour 1aquuelle les villes moyenâgeuses ont si patiemment clarrié sur les flots les nefs ‚normes des basiliques romanes et des cathédrales gothiques. La ville de Chartres tout entière, disons, porte laborieusement l’immense nef de son église, s’engageant tel le dormeur, à faire une sorte de déclaration d’avant le sommeil, que le Verbe transformera en image éminemment crédible.

La deesse noire

Cybèle fut l’une des premières divinités étrangères à pénétrer dans le pomoerium romain, dont l’accès était strictement interdit même aux divinités trophées. Seulement, alors que la déesse, dans sa patrie d’origine, en Phmygie, comme plus tard son équivalent hellénistique Demeter PyrgoppIore, mettait en général au monde les villes dans la quasi indifférence, selon les caprices de ses noirs instincts, elle dut, une fois introduite à Rome, dépenser toute son énergie pour le bien et ha gloire de l’Urbs. Certes , une certaine confusion était déjà apparue au temps des souverains grecs. quant à cette déesse enfanteresse des villes. On avait commencé‚ à la confondre, un peu à la légère, avec Tyché, personnalité divine sans légende, sans histoire et même sans visage. Tyché était he simple symbole, incompréhensible, de la bonne fortune. De nombreuses villes hellénistiques, bâties sous les meilleurs auspices, priaient donc la déesse du hasard. Il s’est produit un changement fort funeste dans la psychologie de l’Urbs lors que l’on a commencé à confondre 1a grande Cybêle, déesse d’emprunt, avec Tyché la Grecque, à laquelle on donna le nom de Fortuna. La Chance, avec tout ce qu’elle a d’absolu et de fortuit, régnait désormais sur l’univers et l’Urbs : elle était censée diriger le monde. Elle régnait sans gêne, sans préjugés, sans hypocrisie mais aussi sans raison. Les statuettes de cette déesse, que l’on nommait encore « pyrgophore » bien que la mythologie lui déniât le droit de raisonner, s’accumulèrent déplorablement ; on en découvrit de grandes quantités dans les lieux où naguère, à l’époque du démantèlement de l’Empire romain, les villes souffrirent le plus, ou bien là où les catastrophes n’étaient encore qu’à venir.

Le sillon magique

primordial, urbipare

Il est bien connu, je pense, que le pomoerium étrusco-romain (et, avant lui peut-être, le tracé même des fortifications) fut délimité au moyen d’une charrue : moenia signare aratro. Et c’est justement ce sillon primordial, ce premier labour, smulcus pri migenius, ce dessin dont le caractère magique est exemplaire, qui a donné au processus de fondation d’une ville une signification supplémentaire, biologique pourrait on dire. C’est comme si l’on attendait que de ce sillon magique lèvent, sur la base d’un entrelacs de compétences hautement pesées, les murailles de la ville et, plus tard, celle ci tout entière L’idée est très ancienne et ne semble pas appartenir uniquement aux Etrusques. Chez les Grecs déjà, selon une croyance dorienne remontant à des temps très reculés, les murailles des villes futures étaient censées sommeiller quelque part sous la terre. C’est, du moins, ce que précise Platon, textuellement, lorsqu’il explique l’ordre fondamental et le sens des catégories se rapportant à la création des villes à ses bons amis Klenios et Megil, fondateurs malgré eux d’une cité heureuse. Mais ce que Platon n’a pas dit, ce qui est, malheureusement, jusqu’à présent resté inexpliqué, c’est où et comment rechercher les murailles cachées de ces cités radieuses et très prospères. Le savoir faire hautement pluridisciplinaire des maîtres toscans ne nous fournit pas, d’ailleurs, davantage d’indications à ce sujet.

Dpachpronies Antedpluviennes

et fort ambitieuses

Bien avant les Grecs qui, soit dit en passant, ne croyaient pas trop en la très grande ancienneté de leurs villes, sont apparues des diachronies urbanologiques fort ambitieuses. Certaines cités célèbres de la Mésopotamie tenaient tant à se faire passer pour les plus anciennes quelles faisaient remonter leur création à la genèse du monde, la chantant dans les épopées cosmogoniques Mais comme il a dû s’écouler pas mal de temps entre la création du monde et les premières vers ions consignées de ces chants, l’imagination poétique en a encore rajouté. Les tablettes akkadiennes mentionnent que les six villes « antédiluviennes » qu’elles citent nommément (Khabur, Elasar, Badtibira, Lapak, Sipar, Shurupak) cumulaient 456 000 années d’existence, chacune ‚tant âgée, au moment où fut écrite l’épopée, d’au moins 70 000 ans. Dans les versions hellénistico-babylonniennes, les choses sont encore plus folles :on y calcule que certaines villes existaient depuis 120 000 ans au moment du déluge. Mais trêve de plaisanterie . D’où vient ce besoin qu’avaient les bardes de cultiver une mémoire active ? A cette question, je ne saurais répondre qu’en en posant une autre. D’où vient aujourd’hui notre besoin d’oubli ? Où sont actuellement nos bardes — nos poètes sombrent dans l’oubli d’une année sur l’autre —, où sont les chroniques nous glorifiant ainsi que notre longue, longue histoire ?

L’Oecumenopolis

n ’est pas la cosmopolis pas plus que Doxiadis n’est Zénon

Le monde bâti de l’avenir ne s’appellera pas Cosmopolis, comme on le proposait déjà à l’époque des stoïciens, pas plus qu’il ne sera une communauté d’êtres de bonne volonté et de bon sens. Il se nommera, dit-on, OEcuménopolis. Ce nom, bien que composé de mots qui sonnent bien, rappelle un peu trop celui de certaines maladies, tel l’éléphantiasis, par exemple. Comme tous les noms de maladie, par contre, il ne nous laisse pas beaucoup d’illusions et ne nous leurre nullement, hormis peut-être qu’il passe sous silence une des conséquences possibles de ce fait. Avant que le globe entier ne soit recouvert de la toile d’araignée de l’OEcuménopolis, fine et malsaine, on entreprendra de transférer les structures urbaines terrestres sur le corps céleste le plus proche, à savoir la Lune. Zénon, comme tant d’autres philosophes grecs, savait écouter la musique harmonieuse des sphères et s’efforçait de la recueillir tant bien que mal dans la conque invisible de sa Ville Universelle. L’homme moderne se dirige dans la direction opposée. Il essaie de propager la dysharmonie de son panurbium pathologique jusque dans les espaces interplanétaires.

Imago urbis

papillon géant de notre imagination affolée

Depuis la nuit des temps, l’homme a véhiculé en son esprit les images de villes divines. Celles dans lesquelles il vivait ne lui semblaient pas parées d’assez de beauté et de justice, qualités dont nos villes contemporaines ne peuvent non plus s’enorgueillir. Aussi dans l’azur de son imaginaire voletaient des papillons géants, de l’espèce imago urbis, et on avait l’impression qu’ils pouvaient à tout instant se poser sur les mornes chantiers des hommes, où il n’y avait parfois ni pierre, ni buissons, ni arbres, ni même de bon charbon de bois pour faire cuire les briques comme il convient, tandis que le sable et le salpêtre abondaient, en Orient du moins. Le Coran, comme à l’accoutumée, est formel : si on lit tous les jours de sa vie le XXV. Chant, on finira par voir apparaître soudain ce merveilleux lépidoptère, la ville-papillon, dans le même temps que s’ouvriront les huit portes multicolores du paradis. Insecte prodigieux auquel aspire vainement, dans son désarroi, notre imagination assoiffée de miracles.

Sous la peau

drame se jouant dans l’espace personnel, sous la peau de l’individu

Il semble que la ville moyenâgeuse ‚tait un espace beaucoup plus théâtral, dans le meilleur sens de ce terme, que celle de la Renaissance. Pourquoi ? Parce que se jouait à l’intérieur d’elle-même une pièce où s’affrontaient les souffrances et les enthousiasmes, sa propre passion qui, dans son ensemble et ses détails,

pouvait apparaître comme le drame de la foi, du désir, de la frénésie et de la peur. Dans la ville de la Renaissance. par contre, le drame se déroulait dans la rue, sur une place, à savoir dans un espace urbain choisi à cet effet. Même lorsque l’action dramatique y culminait, quand, par exemple, on brûlait les hérétiques sur le bûcher, la représentation se situait en dehors de la ville, il ne s’agissait plus vraiment de son propre drame, se jouant dans son espace personnel, sous sa propre peau.

Poème

grâce lui soit rendue

Quelques vers trouvés dans une anthologie de la poésie chinoise ancienne nous fournissent des renseignements précieux sur une coutume subtile et utile, qu’il vaudrait peut-être la peine de réintroduire aujourd’hui. Elle concerne le moment où l’on entamait la construction d’une ville, où l’on indiquait à chacun ce qu’il aurait à accomplir, quel comportement on attendait de lui. Cet instant était lui-même précédé d’un prélude. Le fondateur, en vêtements d’apparat ornés de pierres précieuses et de jade, entreprenait. une somptueuse épée à la main, l’inspection du terrain. Il recherchait quelles étaient les particularités mystiques de la contrée, étudiait la répartition des principes constitutifs et, se servant des ombres et de gnomons, traçait des diagrammes, établissant des équations analogiques très savantes entre les courants sillonnant le firmament et la terre. Il s’adressait enfin à une tortue, pour lui demander si ses calculs étaient bons. Après avoir ainsi soigneusement choisi l’emplacement où s’élèverait la ville, estimé ses qualités occultes, il donnait l’ordre de commencer les travaux. Le moment le plus propice était celui où la constellation de Pégase était au zénith, ce qui correspond sans doute au mois de Limbourg, celui où l’on procède à la tonte des singes, à savoir le dixième mois de l’année solaire. A cette époque, les travaux des champs sont achevés. La construction devant être terminée pour le solstice d’hiver, on s’empresse d’ériger les fortifications. Après quoi, on trace les fondations d’un petit temple des ancêtres. modeste mais aux effets puissants. On plante ensuite auprès, et dans cet ordre précis, un coudrier, un châtaignier, un paulownia et un catalpa, dont le bois servira plus tard à la confection de boîtes à musique et de coffrets utilisés pour le culte. Mais ce n’est pas tout. On trime et les esclaves travaillent constamment au son du tambour. Alignés en rangs, ils obéissent aux ordres d’un dignitaire muni d’une badine. Celle-ci lui sert à accroître le zèle des ouvriers ainsi qu’à chasser aussitôt tout mauvais présage, à punir toute parole déplacée ou juron. Les ouvriers sont tenus de chanter sans interruption, de façon claire et distincte. Ils doivent chanter et chanter encore, car c’est la meilleure manière d’empêcher que quelque récalcitrant neurasthénique ou mauvais ne marmonne une formule ou un vers funeste, jetant ainsi un sort à la ville en train de naître. Que pour rais-je ajouter à la description de cette sage coutume ? Il serait fort souhaitable, et utile à long terme, que tous les gars du monde entonnent aujourd’hui un chant de concorde qui se répandrait sur les chantiers. de nos mégalopoles. Malheureusement, il est exclu de recourir à présent à de telles mesures prophylactiques relevant de la magie. C’est sans doute pourquoi il y a tant de malveillance dans les murs qui nous entourent.

Rendez-vous avec une déesse

qui ne souhaiterait en avoir un, une fois l’an ?

Si nous analysons attentivement les descriptions qu’Hérodote nous donne des fastes égyptiens et observons à la loupe les sceaux sumériens — les sont gravées nous fournissent représentations qui y sont gravées nous fournissent de nombreux renseignements —, nous en conclurons que dans l’imagination des habitants de la Mésopotamie et de l’Egypte, les. villes, même les plus ordinaires, cessaient d’être de temps en temps de simples agglomérations pour devenir le théâtre de drames hautement significatifs. Les simples mortels y côtoyaient alors de nombreux êtres surnaturels et divinités. Ils pouvaient deviser avec eux, tenter de les surpasser en sagesse, faire un tour en barque sur les canaux en compagnie des dieux et déesses comme s’il s’agissait là de vieilles connaissances. Il va de soi que le charme était rompu dès que prenait fin la fête organisée en l’honneur de la ville. Mais chaque parcelle de l’espace urbain conservait quelque chose de cette sacralisation provisoire, chaque contribution sémantique annuelle se transformant durablement en nouvelle valeur. On se souvenait de ces rencontres et l’espace urbain s’enrichissait de jalons matériels, en pierre ou autre matériau, de statues et d’inscriptions. Car il y avait matière à écrire. Qui ne souhaiterait avoir rendez-vous avec une divinité, ne fût-ce qu’une fois l’an ?

Le meilleur des mondes

dans les limites d’une imagination médiocre

Les utopies, en principe, ne sont pas gaies, mais morales. Cela vient, je crois, du fait qu’elles ont été élaborées par des hommes sérieux et graves, tels Thomas More et Francis Bacon, qui étaient des hommes d’Etat et des érudits. Outre cette caractéristique bien connue, il convient d’en ajouter aussitôt une autre. Les visions urbanistiques n’ont jamais dépassé, même chez les plus grands utopistes, les limites d’une imagination médiocre. Mercier, qui écrivit à la fin, du XVIIIe siècle un ouvrage intitulé L’An 2440, nous en offre un exemple. Il a prévu, pour cette date lointaine, un plan de régularisation de la circulation à Paris, allant jusqu’à placer des agents aux carrefours. De nos jours, nombreux sont les auteurs de traités d’urbanisme, partisans inconditionnels du meilleur des mondes, qui voient là une contribution significative. Moins d’un siècle plus tard, donc cinq siècles avant l’époque évoquée par l’écrivain, Napoléon III et le préfet Haussmann, qui étaient tout sauf des amateurs d’utopies, ont accompli des prodiges dans la capitale française, y régularisant la circulation de manière bien plus judicieuse que Mercier n’aurait pu le rêver. Et ils l’ont fait simplement, très simplement, sans se pencher sur des traités philosophico-utopiques.

La ville-centaure

pense au moins autant avec ses sabots qu’avec sa tête

Faisant de l’ordre dans mes vieux papiers, je constate que l’antique fiction pythagoricienne présentant la ville comme une énorme Bête revient souvent dans mes notes, de manière spontanée. J’ai toujours évoqué les villes comme des êtres qui pensent, se souviennent, gardent rancune, mais aussi qui savent aimer et rendre l’amour qu’on leur porte. C’est pourquoi je propose aux lecteurs du présent Lexique d’imaginer cette Bête sous la forme d’un centaure. La lueur de conscience que j’attribue à la ville peut être considérée comme le privilège de sa part humaine. Pour être plus précis, je rappellerai que le centaure — si nous essayons de nous faire une idée des processus psychosomatiques qui se jouent en lui - doit forcément penser un peu avec ses sabots, de la même manière qu’il le fait avec sa tête, vide et folle mais pourtant humaine. Bien que je ne sois pas un centaure, il m’arrive de penser bien mieux avec le bout de mes doigts qu’avec mon cerveau distrait. Il serait intéressant de traiter cette question à l’occasion d’un symposium. Je n’irai cependant pas jusque-là, même si cela m’amuserait fort d’observer — durant mal communication — le visage stupéfait de mes auditeurs, tiraillés entre l’émerveillement et l’effroi.

Traduit du serbe par Mireille Robin
Le Serpent à Plumes n° 24 — Eté 1994

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