Streifzüge, Jahrgang 2016
août
2006

Quand André Gorz découvrit la critique de la valeur

Il est peu de penseurs comme André Gorz qui n’ont cessé de renouveler leur réflexion sans jamais se satisfaire du point d’arrivée, toujours provisoire. Jusqu’à son dernier jour, Gorz s’est attelé à la tâche théorique consistant à ouvrir des voies d’issue à la domination capitaliste et à la destruction du milieu de vie que cette domination implique. Décédé le 22 septembre 2007 à l’âge de 84 ans, Gorz s’est passionné dans les cinq années qui ont précédé aussi bien pour le mouvement des logiciels libres, notamment grâce à Stefan Meretz et Stefan Merten du réseau Oekonux, que pour la nouvelle théorie marxiste de la critique de la valeur. Nous choisissons ici de reconstruire le rapport intellectuel que Gorz a entretenu avec cette dernière.

La financiarisation de l’immatériel

Le brusque arrêt de l’emballement immobilier-financier aux États-Unis en juillet 2007 et la consécutive crise bancaire internationale à l’automne 2008, qui entraînent des conséquences dramatiques pour les populations touchées, font prendre conscience à celles-ci et à l’opinion publique en général qu’avec la mondialisation, l’économie est entrée dans l’ère de la financiarisation à outrance. Mais cet avènement est plus ancien puisqu’il avait déjà causé la bulle Internet (pullulement de start-up surévaluées) qui avait provoqué le gigantesque krach boursier de 2001-2002. Aussi est-ce depuis des années qu’André Gorz tente de décrire ce nouveau chemin pris par le capitalisme postfordiste. Bien informé, il en préfigure les crises et suppute même l’effondrement systémique vers lequel il semble conduire irrésistiblement.

Au capital – résumons-nous –, il n’a pas suffit de casser les solidarités ouvrières dans la seconde moitié des années soixante-dix pour restaurer le taux de profit par la diminution drastique du coût du travail. La robotisation installée, il a fallu pousser plus avant l’usage rationnel des ordinateurs par une reconfiguration (reengineering) des postes de travail dans tous les secteurs, ce qui a permis de réduire encore plus la main-d’œuvre pendant les années quatre-vingt-dix. Le résultat a été paradoxal. Pour le comprendre, il faut revenir à la théorie marxiste de la valeur-travail. Puisque « la quantité moyenne de travail abstrait cristallisé dans des marchandises est, en dernière analyse, ce qui détermine le rapport d’équivalence – la valeur d’échange – des marchandises1 », il a été inéluctable qu’« avec la contraction du volume de travail matériel, la valeur d’échange des produits a tendu à baisser, ainsi que le volume des profits 2 ». Quant à l’extension des services à la personne, sur laquelle des économistes et des syndicalistes ont compté pour relancer l’économie et l’emploi, elle a monétarisé des activités qui ne produisent pas de valeur : « Leur rémunération provient du revenu que leurs clients ont tiré du travail productif, c’est un revenu secondaire3 ». La parade a été trouvée en valorisant les produits immatériels de l’intelligence, celle-ci étant devenue un facteur de production décisif. Mais ces produits n’étant pas des marchandises ordinaires avec une valeur d’échange déterminée, elle n’a été possible, qu’au prix d’artifices techniques ou de marketing aboutissant à une rente de monopole sans rapport avec la valeur-travail, plus que jamais caduque. Comme le dit Gorz, et à sa suite les économistes post-opéraïstes Carlo Vercellone et Christian Marazzi, le profit se mue en rente. C’est cette rente, fondée sur des valeurs virtuelles et volatiles parce que non mesurables, qui va permettre de sauvegarder la rentabilité du capital. C’est elle aussi qui rend le capitalisme contemporain extrêmement instable et vulnérable, et l’expose à ses propres limites.

La cote en bourse des valeurs issue de cette économie de l’immatériel, c’est-à-dire les prévisions de leur rentabilité, va être leur « vraie » valeur. Aussi Gorz peut-il déclarer : « La valeur du capital immatériel est essentiellement une fiction boursière4. » La financiarisation est dès lors en marche. Les profits s’orientent vers les placements financiers et, délaissant les investissements, alimentent de moins en moins l’accumulation du capital fixe (équipements) et variable (salaires). « Les idéologues de gauche » qui prétendent voir dans la financiarisation « une activité parasitaire, phagocytant l’économie réelle, ignorent la réalité des faits » : « L’achat et la vente de capital fictif sur les marchés boursiers rapportent plus que la valorisation productive du capital réel5. » Dès 1997, Gorz s’exclame :

Du moment que le capital se financiarise, il ne sait plus quoi faire de la plus-value produite ! Aujourd’hui, l’argent cherche à produire de l’argent sans passer par le travail6.

Il s’ensuit, écrit-il dix ans plus tard au moment où éclate la bulle immobilière, que « l’économie réelle devient un appendice des bulles spéculatives entretenues par l’industrie financière », laquelle ne génère que de l’argent « par des opérations de plus en plus hasardeuses et de moins en moins maîtrisables sur les marchés financiers7 ». La production de marchandises valorisant toujours moins de travail et mettant toujours moins de moyens de paiement en circulation, le maintien de la consommation ne devient possible que par le crédit accordé aux ménages, qui est désormais le moteur principal de la « croissance ». Comme le montre la bulle des emprunts immobiliers aux États-Unis, « la croissance est obtenue par la création monétaire, gagée sur des actifs fictifs, affectée à la consommation américaine et non à l’accumulation » ; répercutant l’annonce, faite avec deux ans d’avance par le président de la Banque fédérale américaine (FED), du fatal éclatement de cette bulle, il prédit à la fin de l’été 2005 : « Nous allons vers un slump [marasme] et une crise de tout le système de crédit8. » Sa sagacité est certaine. À une date imprécisée, il émet cette sombre prédiction :

En ce qui concerne la crise économique mondiale, nous sommes au début d’un processus long qui durera encore des décennies. Le pire est encore devant nous, c’est-à-dire l’effondrement financier de grandes banques, et vraisemblablement aussi d’États9.

Critique de la valeur et théorie de la crise

Depuis les Métamorphoses du travail (1988), Gorz a fait beaucoup de chemin. Dans ce livre prolixe, il s’efforçait de tracer les contours de l’autonomie pour mieux s’accommoder de l’inévitabilité et même du bien-fondé de l’hétéronomie économique. Dans Capitalisme, socialisme, écologie (1991), il sacrifiait à la thèse de Karl Polanyi d’un réencastrement de l’économie dans la politique et la société, avec là aussi le souci de sauver la raison économique bien comprise. Dans Misères du présent, richesse du possible (1997), enfin, l’autonomie créatrice restait dépendante de la circulation marchande par la distribution de moyens de paiement sous forme d’allocation universelle. Ce faisceau de solutions, incompatibles avec la domination du capital mais non pas avec sa survie, sont maintenant balayées : dans la mesure où l’économie capitaliste se meurt, c’est au plus profond de la crise de la valeur que gronde le péril de la barbarie, mais aussi où se logent les ferments d’une autre économie, sans marchandises, fondée sur des richesses immensurables, et qu’il s’agit de rendre possible et de faire croître.

Cette radicalisation manifeste de sa pensée, encore en herbe lors de la rédaction de L’immatériel (2003) mais déjà saillante les mois suivants avec la réécriture de sa version en allemand, fait suite à de nouvelles lectures que Gorz entreprend à partir de 2002. Il s’agit principalement d’ouvrages de Moishe Postone et de Robert Kurz qui lui font découvrir les thèses du courant marxiste de la « critique de la valeur » (Wertkritik). Kurz, essayiste et journaliste indépendant prolifique, est le fondateur à Nuremberg de la revue de cette mouvance qui en 1990 prend le nom de Krisis. Merten fait partie du groupe Krisis, mais incompris dans sa bataille pour les logiciels libres, s’en écarte pour fonder Oekonux. Si Gorz connaît déjà, de Kurz, son volumineux livre noir du capitalisme (Schwarzbuch des Kapitalismus, 1999) et, de Postone, l’édition anglaise originale de Temps, travail et domination sociale (1993), c’est par Meretz, lui aussi membre de Krisis, que, peu après la première lettre de celui-ci en 2003, il reçoit plusieurs numéros d’un périodique publié à Vienne, Streifzüge, qui contenait, outre ses propres contributions, celles des membres du groupe Krisis. Streifzüge est une autre revue de ce courant, qu’a fondée le journaliste Franz Schandl en 1996. Par rapport à l’évolution de Kurz, qui en 2004 s’arcboute sur la primauté de la critique théorique pour faire scission et créer la revue Exit, la revue de Schandl met l’accent, à l’égal des continuateurs de Krisis, sur les expériences concrètes susceptibles de mettre en œuvre la critique du travail et de la marchandise. Gorz s’abonne à Streifzüge en décembre 2003. À partir de cette date, il correspond longuement avec Schandl jusqu’à l’avant-veille de sa propre mort en septembre 200710. Il est aussi en contact avec un autre rédacteur de Streifzüge, l’écologiste déjà membre d’ATTAC-Autriche Andreas Exner, qui lui demande à l’été 2006 une contribution pour un ouvrage collectif sur le revenu de base11. Cet article est le plus « kurzien » de tous ceux écrits par Gorz. Achevé en janvier 2007, il est anticipé durant l’été dans Streifzüge et, traduit et amplifié, dans Mouvements avec le titre « Penser l’exode de la société du travail et de la marchandise ». Mais en juillet, Gorz confie à Exner avec regret : « C’est bien trop tard que j’ai découvert le courant de la critique de la valeur12. »

En faisant allusion à Postone et Kurz, Gorz pense avoir repris dans ses articles récents « l’essentiel des orientations de ces kurziens originels, y reconnaissant une élaboration théorique des [s]iennes propres13 ». Et à l’envoi de l’article destiné à Mouvements, un représentant français de cette école, Gérard Briche, lui répond en juin 2007 : « La convergence de vos analyses avec celles de la Wertkritik sont toujours plus manifestes […] et le fait que, ayant mené une réflexion de manière autonome, nous arrivions à des conclusions analogues, constitue une puissante confirmation des analyses que nous présentons, et qui sont largement contre le courant dominant de la pensée dite “de gauche”14. »

À plusieurs égards, les convergences sont frappantes15. Gorz tient en haute estime la réinterprétation de la théorie critique de Marx faite par Postone, un historien canadien enseignant à Chicago qui est une des sources du courant de la critique de la valeur. Dans son livre, Postone, qui s’appuie sur les Grundrisse der Kritik der politischen Ökonomie, pose le travail comme principe social d’organisation qui est propre au seul capitalisme. Il s’élève, comme Gorz le fait depuis les Adieux au prolétariat (1980), contre le marxisme traditionnel qui critique le capitalisme à partir du point de vue du travail, c’est-à-dire en remettant en cause les rapports de propriété et non les forces productives façonnées par le capitalisme industriel, et auxquelles appartiennent autant le travail que le capital. Défendre le travail, comme l’a fait le mouvement ouvrier (Postone), ou défendre l’idéologie du travail, comme le fait la gauche (Gorz) est réactionnaire. Le rapport à l’argent fournit un éclairage. En tant que véhicule de la valorisation, la monnaie est un fétiche qui oppose en apparence le travail et le capital (intérêts pécuniaires opposés) mais qui les assemble en réalité dans la même logique abstraite du capitalisme. Dans cette veine postonienne, Gorz explique :

Travail et capital sont fondamentalement complices par leur antagonisme pour autant que “gagner de l’argent” est leur but déterminant. Aux yeux du capital, la nature de la production importe moins que sa rentabilité ; aux yeux du travailleur, elle importe moins que les emplois qu’elle crée et les salaires qu’elle distribue. Pour l’un et pour l’autre, ce qui est produit importe peu, pourvu que cela rapporte. L’un et l’autre sont consciemment ou non au service de la valorisation du capital16.

L’interprétation de Postone intéresse Gorz aussi sur un autre plan, qui le renforce dans ses réflexions sur la possible création de richesse en dehors de la forme valeur. Se référant à un économiste réfractaire à ses propres thèses, Gorz écrit à une correspondante :

Conseillez-lui de lire Postone. Il apprendra que la différence entre valeur et richesse n’est pas ce qu’il croit, qu’il y a des richesses créées par l’activité humaine qui sont sans valeur (au sens de l’économie politique) parce qu’elles ne sont ni accumulables, ni échangeables, ni monétarisables (donc non capital-productives dans leur but premier) et que les “valeurs intrinsèques” n’ont rien à voir avec l’économie néo-classique mais renvoient aux [Fondements] de la métaphysique des mœurs de Kant où on lit : “Ce qui a un prix n’a qu’une valeur relative et non une dignité, car cela est échangeable contre toute autre chose. Mais ce qui n’a pas de prix et donc n’est pas échangeable a une dignité, une valeur absolue17.”

Gorz ne tarit pas d’éloges sur Robert Kurz, dont il aimerait, qu’à l’égal de Postone, l’on traduise en France les derniers livres. En faisant ce vœu auprès des éditions de La Découverte, qui lui proposaient en vain de publier un recueil de ses propres écrits, Gorz le définit comme un « théoricien de premier ordre de la métamorphose du capitalisme et des dimensions de sa crise », ajoutant qu’il « est le principal rival et antagoniste de Toni Negri (qui ne lui arrive pas à la cheville en matière d’érudition et de capacité théorique)18 ». Autour de novembre 2005, il prend connaissance de son « chef-d’œuvre » « Le capital-monde » (Das Weltkapital, 2005) (plus tard aussi des Aventures de la marchandise – 2003 – d’Anselm Jappe qui s’inscrit dans ce même courant théorique). Grâce à Kurz, Gorz reconnaît la fonction vitale des bulles financières pour la survie du système19 et se trouve conforté dans l’idée que la crise n’est pas due aux excès de la finance, mais « à l’incapacité du capitalisme de se reproduire20 » – Kurz reproche à ATTAC de ne pas le comprendre. Le capitalisme atteint ainsi ses limites internes. Le nœud du problème résidant, comme Gorz le dit au moins depuis Les chemins du paradis (1983), dans ladite troisième révolution industrielle :

La révolution microélectronique permet de produire des quantités croissantes de marchandises avec un volume décroissant de travail, de sorte que tôt ou tard le système doit se heurter à ses limites internes. Ce capitalisme qui s’automatise à mort devra chercher à se survivre par une distribution de pouvoir d’achat qui ne correspond pas à la valeur d’un travail21.

Les derniers textes de Gorz magnifient plus que jamais l’utopie d’une société écologique et communiste mettant à bas l’infernale logique capitaliste de destruction de la nature et de l’humain. On y trouve les couleurs du catastrophisme marxiste, de l’optimisme technologique et de l’emballement utopiste. Ces écrits sont partagés entre un constat sombre et sans concession de l’emprise tentaculaire du capitalisme qui se survit en même temps qu’il nage dans ses apories et atteint ses limites, et une attraction presque enivrante pour les brèches qu’offre néanmoins le mastodonte capitaliste, notamment à travers des avancées technologiques susceptibles d’être appropriées et subverties par ceux qui expérimentent concrètement des voies civilisées de sortie du capitalisme. Gorz compte beaucoup sur les potentialités subversives des logiciels libres et sur la diffusion dans des cercles coopératifs des imprimantes 3D.

Non pas que la technologie ait un pouvoir de démiurge : « Le règne de la liberté ne résultera jamais des processus matériels22 ». D’ailleurs, si « la logique du capital nous a conduits au seuil de la libération – écrivait Gorz déjà en 1980 dans les Adieux – ce seuil ne sera franchi que par une rupture » qui « ne peut venir que des individus eux-mêmes23 ». « Radicale (catégoriale, disent maintenant les kurziens) », cette rupture « ne peut être spontanée, ne peut être portée par de grands mouvements collectifs mais doit être à la fois “mentale” et pratique ([Félix] Guattari di[sait] ça très bien à sa façon), sans visée systémique, sans référence à un “ordre nouveau” » ; elle « ne peut être rapide, violente, sous peine d’accoucher d’un ordre totalitaire24 ». Gorz renoue aussi explicitement avec les positions des Adieux « sur la crise/décadence/corruption/impuissance du politique et des partis » en manifestant son accord avec les kurziens pour qui « il ne faut rien attendre des États/gouvernements25 » (pour les kurziens, le socialisme réellement existant a été un capitalisme d’État et les socialistes, bien nommés – « à chacun selon son travail » –, ne sont jamais que la gauche du capital).


1 André Gorz, Wissen, Wert und Kapital. Zur Kritik der Wissensökonomie, Zurich, Rotpunktverl., 2004, p. 79.

2 André Gorz, « “La valeur du capital immatériel est une fiction boursière” » (entretien avec Denis Clerc et Christophe Fourel), Alternatives économiques, 212, mars 2003, p. 68.

3 André Gorz, Écologica, Paris, Galilée, 2008, p. 148.

4 André Gorz, « “La valeur du capital immatériel est une fiction boursière” », p. 69

5 André Gorz, « Penser l’exode de la société du travail et de la marchandise », Mouvements, 50, juin-août 2007, p. 98.

6 André Gorz, « Gorz, bourreau du travail » (entretien avec Robert Maggiori et Jean-Baptiste Marongiu), Libération, 25 septembre 1997.

7 A. Gorz, Écologica, op. cit., p. 28 et 27.

8 Lettre d’André Gorz à Françoise Gollain du 5-6 septembre 2005 (archives de l’IMEC, fonds André Gorz).

9 Ajout manuscrit non daté à un entretien publié en 1984 (ibid. 10.12, repris dans André Gorz, « L’homme est un être qui a à se faire ce qu’il est », in Christophe Fourel (ed.), André Gorz. Un penseur pour le xxie siècle, Paris, La Découverte, 2012, p. 267.

10 «  Über den Horizont unserer Handlungen. Aus den nachgelassenen Briefen des André Gorz » (lettres en allemand d’André Gorz à Franz Schandl et Andreas Exner), Streifzüge, 41, novembre 2007, p. 9-13.

11 André Gorz, « Seid realistisch – verlangt das Unmögliche », in Andreas Exner, Werner Rätz, Birgit Zenker (eds.), Grundeinkommen. Soziale Sicherheit ohne Arbeit, Vienne, Deuticke Verl., 2007, p. 70-78.

12 Lettre d’A. Gorz à A. Exner du 5 juillet 2007, in « Über den Horizont unserer Handlungen », op. cit., p. 13.

13 Préface inédite en vue d’une deuxième édition en français de L’immatériel (Archives de l’IMEC, fonds André Gorz 9.5).

14 Lettre de Gérard Briche à André Gorz du 19 juin 2007 (archives de l’IMEC, fonds André Gorz).

15 Voir aussi Anselm Jappe, « André Gorz et la critique de la valeur », in Alain Caillé, Christophe Fourel (eds.), Sortir du capitalisme. Le scénario Gorz, Lormont, Le Bord de l’eau, 2013, p. 161-169.

16 A. Gorz, Écologica, op. cit., p. 133.

17 Lettre d’André Gorz à Françoise Gollain du 15, 25-27 décembre 2004 (archives de l’IMEC, fonds André Gorz). Gorz a trouvé la citation d’Immanuel Kant chez Oskar Negt.

18 Lettre d’André Gorz à Hugues Jallon du 19 janvier 2006 (ibid.).

19 A. Gorz, Écologica, op. cit., p. 111-112, 145-146 note.

20 Ibid., p. 28.

21 A. Gorz, « Penser l’exode de la société du travail et de la marchandise », op. cit., p. 95-96.

22 André Gorz, Adieux au prolétariat, Paris, Galilée,2e éd., 1981, p. 112.

23 Ibid.

24 Lettre d’André Gorz à Françoise Gollain du 26 juillet 2007 (archives de l’IMEC, fonds André Gorz).

25 Ibid.

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André Gorz (* 9. Februar 1923 in Wien als Gerhart Hirsch; † 22. September 2007 in Vosnon, Département Aube, Frankreich) war ein französischer Sozialphilosoph österreichischer Herkunft. Seit den 1950er-Jahren lebte er als Publizist in Frankreich, war Mitarbeiter Jean-Paul Sartres und Mitbegründer des Nachrichtenmagazins Le Nouvel Observateur.

Über lange Jahre ein Anhänger Sartres existentialistischer Variante des Marxismus, brach Gorz mit Sartre nach dem Pariser Mai 1968. André Gorz wandte sich der politischen Ökologie zu und wurde deren führender Theoretiker. Zentrales Thema in den Überlegungen Gorz’ ist die Frage der Arbeit: Befreiung von der Arbeit, gerechte Verteilung der Arbeit, Entfremdung in der Arbeit. Recht auf Arbeit und Pflicht zur Arbeit gehörten für ihn lange zusammen, bis er sich auch für ein Grundeinkommen aussprach.

Biografie[Bearbeiten | Quelltext bearbeiten]

André Gorz wurde als Sohn eines jüdischen Wiener Holzhändlers und einer katholischen, aus Dresden stammenden Sekretärin geboren. Sein Geburtsname war Gerhart Hirsch. Sein Vater konvertierte 1930 wegen des sich ausbreitenden Antisemitismus zum katholischen Glauben und nahm den Familiennamen Horst an. Der nationalsozialistischen Verfolgung entging Gorz durch seine Schulausbildung in einem Schweizer Internat, das er auf Betreiben seiner Mutter ab 1939 besuchte.

Nach dem Schulabschluss begann er ein Chemiestudium an der Eidgenössischen Technischen Hochschule Lausanne (unter dem Namen Gérard Horst), während er gleichzeitig bereits Übersetzungen aus dem Englischen erstellte, philosophische Essays und politische Artikel für eine Schweizer Genossenschaftszeitschrift verfasste. In der Schweiz lernte er seine aus England stammende spätere Frau Doreen Keir kennen.

Bei einer Vortragsreise Sartres durch die Schweiz kam es 1946 zu einer ersten Begegnung, aus der sich eine langjährige literarisch-philosophische Zusammenarbeit entwickelte. 1949 siedelte Gorz nach Frankreich um, wo er zunächst unter anderem als Pressereferent und später als Privatsekretär des indischen Militärattachés in Paris tätig war, aber bald Redakteur bei der Zeitung Paris Presse wurde. Zu dieser Zeit taucht auch erstmals der Name Gorz auf; von nun an veröffentlichte er als Journalist unter dem Namen Michel Bosquet und seine sozialphilosophischen Arbeiten unter André Gorz (Görz war der Name der Stadt; er hatte ihn als Herstellerbezeichnung auf dem Fernglas seines Vaters gefunden und offenbar für den Produktionsort gehalten[1]). Dank der Unterstützung von Pierre Mendès France wurde der bislang staatenlose Gorz im Jahr 1957 französischer Staatsbürger[2].

1960 wurde Gorz ein Redaktionsmitglied der von Jean-Paul Sartre und Simone de Beauvoir gegründeten Zeitschrift Les Temps Modernes und 1964 Mitbegründer und stellvertretender Chefredakteur des Nachrichtenmagazins Le Nouvel Observateur. In Deutschland gehörte er zum Beraterkreis des damaligen Magazins Technologie und Politik, deren Herausgeber Freimut Duve war.

In den 1960er Jahren war Gorz politisch besonders aktiv und schuf sich einen Ruf als Theoretiker der Arbeiterselbstverwaltung und galt seit den 1970er Jahren als Befürworter der politischen Ökologie. Im Mittelpunkt aktueller Publikationen stand Gorz’ Begriff der Emanzipation als einer Befreiung, die die industrialistische Tradition der Linken zugunsten einer politischen Moral von Autonomie und Gemeinsinn hinter sich ließ. Zentrale Themen blieben aber distributive Überlegungen über Wissen und Arbeit.

Gorz’ wachstumskritische Theorien für eine ökologisch verträgliche Umgestaltung liberaler Gesellschaften griffen in den 1980er Jahren auch prominente deutsche Sozialdemokraten und Politiker der Grünen auf. Nach dem Zusammenbruch des kommunistischen Ostblocks ging Gorz auf Distanz zum Marxismus, da die Geschichte nicht mehr von einer Klasse getragen werde und es kein revolutionäres Subjekt mehr gebe.

André Gorz nahm sich am 22. September 2007 gemeinsam mit seiner schwer kranken, 83-jährigen Frau Dorine in ihrem gemeinsamen Haus in Vosnon (Aube) das Leben.[3]

Werk[Bearbeiten | Quelltext bearbeiten]

Das 1958 erschienene Werk Le traître (dt.: Der Verräter, 1980) gibt über die frühe Existenz von Gorz Auskunft. Die Autobiographie entstand unter dem Einfluss der Existenzphilosophie Sartres, der dazu auch das Vorwort verfasste. Ende der 1970er Jahre wies Gorz in viel beachteten Büchern darauf hin, dass die nur auf Wachstum ausgerichtete Wirtschaftsgesellschaft nicht nur zum sozialen, sondern auch zum ökologischen Desaster führe. Damit wurde er zu einem der Wegbereiter der wachstumskritischen Bewegung.[4] Heftig diskutiert wurde v. a. innerhalb der gewerkschaftlich orientierten Linken sein Buch Adieux au prolétariat von 1980, das ihn in Deutschland bekannt machte. Gorz entwickelt hier seine Vision einer Gesellschaft, die sich unter postindustriellen Bedingungen neu organisiert. Zum Kultbuch für die undogmatische ökologische Linke geriet der Band Les Chemins du Paradis von 1983 (dt.: Wege ins Paradies), in dem Gorz die ökonomische Krise der 1970er Jahre analysierte. 1988 erschien sein Hauptwerk Métamorphoses du travail (dt.: Kritik der ökonomischen Vernunft, 1989), wo er den Begriff der Arbeit analysiert und für ihre Umverteilung und Flexibilisierung plädiert. Recht auf Arbeit, Pflicht zu arbeiten und Bürgerrecht sind für ihn untrennbar miteinander verknüpft[5]. „Es handelt sich nicht darum, den aus dem Produktionsprozess Ausgeschlossenenen ein Grundeinkommen zu sichern, sondern um die Beseitigung der Bedingungen, die zu diesem Ausschluss geführt haben“[6]. Der 1991 erschienene Band Und jetzt wohin? enthält Reden und Zeitschriftenbeiträge Gorz über die Zukunft der Linken und den ökologischen Umbau der Gesellschaft.

Viel diskutiert wurde in Frankreich die 1997 erschienene Schrift Misères du présent, richesses du possible (dt.: Arbeit zwischen Misere und Utopie, 2000), wo Gorz das Ende der Vollbeschäftigung als Chance begreift und der Frage nachgeht, wie in einer solchen Gesellschaft die Funktion der Arbeit durch andere Aktivitäten ersetzen werden könnten. In dieser Schrift begründete Gorz mit marxistischen Argumenten das Grundeinkommen. 2003 führte Gorz in seinem letzten großen Werk L’immatériel (dt.: Wissen, Wert und Kapital, 2004) aus, dass sich Wissen nicht zur Behandlung als Privateigentum eigne, da es keinen Warencharakter besitze, sondern vielmehr als Gemeingut verstanden werden sollte.

Zitat[Bearbeiten | Quelltext bearbeiten]

„Das Ziel einer Gesellschaft, in der ein(e) jede(r) weniger arbeitet, damit alle Arbeit finden und besser leben können, wird somit heute zu einem der wichtigsten Faktoren des Zusammenhalts der Gewerkschaft und der Erneuerung sozialer Freiheitsbewegungen.“

Kritik der ökonomischen Vernunft: [7]

„Als Mitglied der Gesellschaft habe ich das Recht darauf, von ihr einen Anteil am gesellschaftlich produzierten Reichtum zu verlangen; als ihrem Mitglied hat die Gesellschaft mir gegenüber das Recht, von mir den entsprechenden Anteil der gesellschaftlichen Arbeit zu verlangen. Über die Pflicht, die sie mir setzt, erkennt sie mich als ihr Mitglied an.“

Kritik der ökonomischen Vernunft: [8]

Veröffentlichungen[Bearbeiten | Quelltext bearbeiten]

Werke[Bearbeiten | Quelltext bearbeiten]

  • Strategy for labor: a radical proposal. Beacon Press, 1968.
  • Zur Strategie der Arbeiterbewegung im Neokapitalismus. Europäische Verlagsanstalt, Frankfurt am Main 1967.
  • Die Aktualität der Revolution. Nachtrag zur "Strategie der Arbeiterbewegung im Neokapitalismus". Europäische Verlagsanstalt, Frankfurt am Main 1970.
  • Kritik der Arbeitsteilung. 1974.
  • Ökologie und Politik. Beiträge zur Wachstumskrise. 1977.
  • Socialism and revolution. Allen Lane. 1975.
  • Abschied vom Proletariat – jenseits des Sozialismus. (Aus dem Französischen übersetzt von Heinz Abosch.) Europäische Verlagsanstalt, Frankfurt am Main 1980.
  • Wege ins Paradies. Thesen zur Krise, Automation und Zukunft der Arbeit. (Originaltitel: Les chemins du paradis. Aus dem Französischen von Eva Moldenhauer.) Rotbuch Verlag, Berlin 1983, ISBN 3-88022-279-7.
  • Kritik der ökonomischen Vernunft. Sinnfragen am Ende der Arbeitsgesellschaft. Aus dem Französischen von Otto Kallscheuer. Rotbuch, Berlin 1989. (Neuauflage Rotpunktverlag, Zürich 2009, ISBN 978-3-85869-429-4)
  • Der Verräter. Mit dem Essay Über das Altern. (Original 1958 und Essay 1961/62, aus dem Französischen übersetzt von Eva Moldenhauer.) Suhrkamp, Frankfurt am Main 1997. (Neuauflage Rotpunktverlag, Zürich 2008, ISBN 978-3-85869-379-2)
  • Arbeit zwischen Misere und Utopie. Aus dem Französischen von Jadja Wolf. Suhrkamp, Frankfurt am Main 1999, ISBN 3-518-41017-2.
  • Wissen, Wert und Kapital. Zur Kritik der Wissensökonomie. Aus dem Französischen von Jadja Wolf. 4. Auflage. Rotpunktverlag, Zürich 2010, ISBN 978-3-85869-282-5.
  • Auswege aus dem Kapitalismus. (Originaltitel: Écologica. Aus dem Französischen von Eva Moldenhauer.) 2. Auflage. Rotpunktverlag, Zürich 2009, ISBN 978-3-85869-391-4.
  • Le fil rouge de l'écologie. Entretiens inédits en français. Willy Gianinazzi (Hrsg.) Ed. de l'EHESS, Paris 2015, ISBN 978-2-7132-2501-7.
  • Brief an D. Geschichte einer Liebe. (Originaltitel: Lettre à D. Histoire d´un amour. Aus dem Französischen von Eva Moldenhauer.) 8. Auflage. Rotpunktverlag, Zürich 2017, ISBN 978-3-85869-725-7.

Aufsätze[Bearbeiten | Quelltext bearbeiten]

Interview[Bearbeiten | Quelltext bearbeiten]

Sekundärliteratur[Bearbeiten | Quelltext bearbeiten]

  • Hans Leo Krämer, Claus Leggewie (Hrsg.): Wege ins Reich der Freiheit. André Gorz zum 65. Geburtstag. Rotbuch, Berlin 1989, ISBN 3-88022-741-1.
  • Claus Leggewie/Wolfgang Stenke (Hrsg.): André Gorz und die zweite Linke. Die Aktualität eines fast vergessenen Denkers. Verlag Klaus Wagenbach, Berlin 2017, ISBN 978-3-8031-2785-3.
  • Adrian Little: The Political Thought of Andre Gorz. Routledge Chapman & Hall, London/ New York 1996, ISBN 0-415-13866-3.
  • Ralf Zwengel (Hrsg.): Ohne Proletariat ins Paradies? Zur Aktualität des Denkens von André Gorz. (= Schriftenreihe der Heinrich Böll-Stiftung Hessen e.V. Band 23). Klartext, Essen 2009, ISBN 978-3-8375-0264-0.
  • Berliner Debatte Initial e.V.: Solitär - André Gorz (= Jahrgang 2013, Ausgabe 4). WeltTrends, Potsdam 2013, ISSN 0863-4564.
  • Willy Gianinazzi: André Gorz. Une vie, La Découverte, Paris, 2016, ISBN 978-2-7071-9103-8.
  • Wolfgang Stenke: Der Gärtner von Vosnon. André Gorz und die Wege der Freiheit. Feature, WDR 2017 (Online)

Weblinks[Bearbeiten | Quelltext bearbeiten]

 Wikiquote: André Gorz – Zitate

Fußnoten[Bearbeiten | Quelltext bearbeiten]

  1. Claus Leggewie, Wolfgang Stenke (Hr.), André Gorz und die zweite Linke, Wagenbach, 2017, p. 7 ; Willy Gianinazzi, André Gorz. Une vie, Paris, La Découverte, 2016, p. 69.
  2. W. Gianinazzi, op cit., p. 69.
  3. Am Morgen des 24. September 2007 fand eine Freundin des Paares an der Eingangstür des Hauses die Nachricht, Besucher sollten „die Polizei verständigen“. Todestag war bereits der 22. September 2007.
  4. T. Duverger (2011). La décroissance une idée pour demain : une alternative au capitalisme synthèse des mouvements. Sang de la Terre.
  5. Kritik der ökonomischen Vernunft. Berlin 1989, S. 295.
  6. Kritik der ökonomischen Vernunft. Berlin 1989, S. 297.
  7. Kritik der ökonomischen Vernunft; Berlin, 1989, S. 318.
  8. Kritik der ökonomischen Vernunft; Berlin, 1989, S. 295.
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